Le Billet - 4 Mars 2009
Quand la musique sonne, sonne, sonne.
Comment traduire dans un site internet l'univers feutré et privilégié des marques de luxe que l'on retrouve en boutique tout autant que le caractère propre de la marque ? Mettez un casque, cela suffit à créer un écrin en simili sensoriel… en route pour la musique.
L'étude de la musique est d'ailleurs à la mode puisque l'Université de Liverpool vient d'ouvrir un master dédié aux quatre garçons dans le vent intitulé « Les Beatles, musique populaire et société ». Et ce n'est pas non plus un hasard si la collusion musique et marque s'affirme chaque année un peu plus. Musique c'est avant tout « muse-ique » et donc source sans fin d'imagination et de créativité. Un apanage qui, s'il n'est pas exclusif au seul monde du luxe, en est cependant l'un de ses éléments fondamentaux.
Les sites internet de marques de luxe sont ainsi entièrement plongés dans un monde musical particulier (en soutien bien sûr des sensations visuelles), censé procurer au visiteur les valeurs et le style propres à chacune des Maisons : Van Cleef & Arpels nous transporte dans un monde musical féérique au rythme alerte et aux notes envoutantes, Roederer privilégie le contemporain en un subtil mélange de sons champêtres et d'électro, Yves Saint Laurent rajoute une touche vocale féminine…
Nous touchons ici au tour de force sensoriel que tentent de réaliser les marques : faire ressentir l'expérience unique qu'il pourrait rencontrer en boutique avec ses sens au complet. Mais devant son écran d'ordinateur le visiteur n'a que deux organes… il n'est ni borgne, ni sourd mais c'est bien tout !
La musique est alors à la fois murs et fondations d'une boutique virtuelle qui englobe le visiteur dans un monde sonore clos. Voir sans sentir, on connaît déjà… la publicité des parfums a fait école depuis longtemps. Toucher avec les yeux et les oreilles, voilà qui est plus fort. À l'image du dernier spot viral pour la collection d'Yves Saint Laurent où aucune image de vêtements n'est convoquée autre qu'une voix off égrenant des détails de coutures, associé à un plan fixe sur un visage androgyne proche de la jouissance… Quelle belle expérience que la synesthésie « une nouvelle occasion de remettre en question le concept de sensation » ( (merci Merleau Ponty), qui déjà du temps de Cézanne nous faisait venir l'eau à la bouche rien qu'en voyant ses pommes.
Que le luxe nous émerveille, brouille nos sens et nous enchante !
Thibault Di Maria et Julie El Ghouzzi
Le Billet - 11 février 2009
Pourquoi nous ne sommes pas aristotéliciens
Décidément nous ne sommes pas du tout des aristotéliciens. Vous êtes contents de le savoir. Ou plutôt, non, de le savoir-faire. Car pour Aristote, le savoir-faire n'est que la disposition acquise par l'usage et elle n'a pas son principe en elle-même. Le savoir-faire devient la répétition du geste appris presque mécaniquement tandis que le savoir réside ailleurs. De là sans doute vient la valorisation des métiers intellectuels au détriment des métiers manuels dont nous souffrons si cruellement aujourd'hui, à la recherche de plombiers, menuisiers, couturières ou brodeuses.
Non, donc, nous ne serons pas aristotéliciens. La main doit-être sauvée. « Les acrobates de l'artisanat » comme les appelle Christian Lacroix sont bien ceux qui nourrissent le luxe et contribuent largement à l'aura de la France. Paris ville du beau, du luxe, capitale de la création et du savoir-faire. Ouf, on commence à s'en rendre compte et sur fond de crise François Fillon, vient de confier à la Sénatrice de Paris, Catherine Dumas, une mission sur les Métiers d'art et d'excellence et les savoir-faire traditionnels. Et cela pour « disposer d'un état des lieux de ces savoir-faire et de propositions de nature à permettre, non seulement leur préservation, mais aussi leur développement ». Espérons que le rapport ne restera pas dans un tiroir. Soyez assurez en tout cas, que le Centre du luxe et de la création fera tout pour.
Julie El Ghouzzi
Le Billet - 28 janvier 2009
Le détail sauvera le monde !
Avez-vous constaté combien la « customisation » tend à remplacer le détail ? Une petite fleur par ci, une rangée de strass par là, un logo géant sur la poignée… Au lieu d'un soufflet, d'une surpiqure ou d'un biais ?
La réussite d'une pièce et d'un produit de luxe ne tient pourtant pas à la prothèse qu'on lui ajoutera pour la rendre « tendance ». Un sac décliné en rose, ou vynil, affublé de lettrines, n'en reste pas moins le même sac. La forme demeure que le détail peut enrichir tant qu'il ne tombe pas dans l'ornement.
En art, ce problème a un nom c'est celui du parergon, abondamment analysé par Derrida dans son livre « la vérité en peinture » qui reprend une citation de Cézanne disant « Je vous dois la vérité en peinture et je vous la donnerai ».
Le temps est venu de réclamer des maisons la même vérité. Qui parmi elle s'élèvera pour clamer « je vous dois la vérité du produit et je vous la donnerai » ? C'est ce que les chefs ont fait depuis longtemps. Ils ont si bien voulu nous offrir la vérité du produit qu'ils rendent aujourd'hui un à un leurs étoiles pour s'ouvrir à une nouvelle ère de la gastronomie : plus de produits, moins de cancans donc moins de decorum, sinon de parergon.
Un recentrage du luxe sur ses valeurs fortes et essentielles est urgent : l'élégance, le bien-être, l'audace, la rareté, la qualité… Lorsque le thinking globally se casse la figure il est d'autant plus urgent d'insister : act local, very local please. Pensez finition, matière, création. Puisque c'est bien connu, en matière de luxe, le diable se cache dans les détails.
Le Billet - 21 janvier 2009
Abcédaire du luxe
Du plus loin que je m'en souvienne, on m'a toujours appris que le luxe vivait dans sa sublime autarcie et qu'à côté d'un Vuitton ne pouvait vire qu'un Chanel, un Cartier ou un Gucci. Le luxe appelle le luxe. Les grandes avenues du luxe, de la Via Montenapoleone au Faubourg Saint Honoré en attesteront.
Quelle ne fut pas ma surprise en allantà Abu Dhabi (que les baroudeurs - renifleurs excusent ma candeur) de voir que Dior, Montblanc ou encore Cavalli s'accommodaient à merveille aux côtés d'Ikea, de Carrefour et d'Etam.
Mais là bas, me direz-vous, c'est une autre civilisation, qui vous fait réapprendre votre alphabet du luxe :
A comme Arbres qui poussent dans le désert, sur des kilomètres de pelouses posées sur le sable et arrosées en permanence sous 40°
B comme Beauté d'un monde nouveau où tout est possible, où la volonté politique accompagne les financements
C comme la Culture, axe principal de développement de l'Emirat, qui veut construire des bases solides pour son avenir
D comme Diversification de son économie assise sur le pétrole mais résolument tournée vers le tourisme de luxe et l'attrait culturel
E comme Emigration, dans un pays qui compte plus de 85 % d'étrangers dans sa population, 50 % de ces émigrés étant des indiens ou des pakistanais, formant la masse travailleuse du pays.
On pourrait égrener encore :
G comme Gigantisme absolu et maîtrisé d'un urbanisme rapide mais contrôlé. D'un fort agrémenté de quelques maisons en pisé, Abu Dhabi est devenu en à peine quelques dizaines d'années une métropole du 21ème siècle.
M comme Mosquée entièrement de marbre blanc vêtue, décorée de fleurs de pierres semi précieuses.
Le Billet - 18 décembre 2008
Luxe and crise
Premier Noël de crise pour le luxe depuis 2001…Si la crise commence à se faire sentir pour les marques de luxe, ces dernières sont tout de même moins touchées que les autres secteurs de consommation. Le désir et le rêve continuent d'attirer… Mais bien sûr, les marques doivent réagir à une baisse réelle du pouvoir d'achat, en particulier dans certaines zones géographiques (Etats Unis, Japon) et d'une certaine clientèle (celle née de la démocratisation). Heureusement les grandes maisons ont plus d'un tour dans leur sac ! Vuitton, par exemple, baisse ses prix de 7% en moyenne au Japon pour répondre à la baisse de la consommation dans ce pays qui souffre de la forte appréciation du yen par rapport à l'euro. Par ailleurs, les grands groupes ont dégagés de très beaux profits ces dernières années, de sorte qu'ils affichent des bilans « insolents » et devraient pouvoir faire face à une crise, à condition que sa durée et son ampleur soient limitées.
La voie du salut ? Il y en a au moins deux. La première, et la plupart des marques l'ont anticipé, c'est de s'ouvrir aux marchés émergents (Chine, Inde, Moyen-Orient…). Face à la stagnation américaine et européenne, les économies émergentes seront les meilleurs moteurs de la croissance mondiale en 2009. Tout simplement parce que la croissance économique est portée par la croissance démographique, face à laquelle la crise actuelle fait figure d'accident brutal mais peut-être passager. La relative bonne santé du marché du luxe est donc bien plus liée à la démographie mondiale en explosion et à l'enrichissement global du monde qu'aux marchés financiers. Logique, quand on réfléchit au fait que la mondialisation n'a que très peu été accompagnée d'un développement de marchés bancaires et financiers régionaux.
La seconde voie est celle de l'innovation et de la création. Crise ou pas crise, lorsqu'on crée son propre marché (en particulier dans le domaine du luxe, qui est un marché de l'offre et pas de la demande) on s'invente sa part de marché ! C'est par exemple ce qu'a fait Richard Mille en proposant des montres innovantes et ultra contemporaines dans un marché traditionnel et qui semblait saturé. La créativité est la meilleure réponse à la crise. En d'autres termes, la crise actuelle oblige à se poser les bonnes questions.
Julie El Ghouzzi
Le Billet - 10 Décembre 2008
Le Centre du luxe et de la création lance un projet de pôle mondial du luxe dans l'Emirat d'Abu Dhabi. Le principe serait de développer à Abu Dhabi une sorte de villa Médicis du 21ème siècle qui accueillerait les créateurs du monde entier autour d'expositions, de défilés, d'activités de recherche et d'enseignement, de lieux de création dédiés. De quoi, constituer une plateforme unique au monde pour le luxe et la création, dans la lignée des axes stratégiques de développement et rayonnement de l'Emirat en matière culturelle, artistique et touristique.
Dans la prochaine décennie, l'île de Saadiyat comprendra notamment les plus prestigieuses institutions muséographiques mondiales (Louvre Abu Dhabi, Guggenheim, Performing Art Center, Maritime Museum, Sheick Zayed Museum…) en affirmant ainsi la position d'Abu Dhabi en qualité de nouvelle plaque tournante de la culture et des arts et ce dans une perspective universaliste, unificatrice et pacificatrice des grands courants culturels mondiaux.
Le projet du Centre du luxe et de la création s'inscrit dans cette vision.
Désormais partenaire institutionnel du Centre du luxe et de la création, l'Abu Dhabi Tourism Authority nous accompagnera dès janvier 2009 dans notre processus d'étude préliminaire. Histoire à suivre…
Le Billet- 19 novembre 2008
Le luxe en mouvement par Alexandra d'Arnoux
Le luxe n'est pas éphémère. C'est une donnée culturelle et économique essentielle à notre société. Luxe = qualité et qualité = art de vivre. Ancré dans la tradition, il doit « bouger » à travers la création. C'est ce qu'a compris Jacques Carles qui, parallèlement à la 7e édition des Talents, a lancé récemment le Centre du Luxe et de la Création.
Avec lui, le luxe se sent pousser des ailes. Personnage éclectique, grand voyageur, galeriste, homme d'affaire, inventeur du Samu-social avec Xavier Emmanuelli, Jacques Carles a entamé voici huit ans une réflexion qui a débouché sur le Sommet du Luxe. Un colloque réunissant des personnalités « pivot » dans les différents les domaines concernés - mode, design, architecture, haute joaillerie, gastronomie, savoir-faire, entrepreneurs, etc…- autour d'une thématique transversale afin de favoriser leur évolution et d'augmenter leur dynamique. Cette stratégie de l'échange et de la rencontre a si bien marché qu'est né, en 2008, le Centre du même nom composé de partenaires internationaux qui se réunissent tous les mois autour d'un thème transversal. Création d'un réseau, réflexion prospective, conseil stratégique, le Centre est un « think tank » qui s'implique dans les projets qu'il soutient. Ce qui donne une véritable épaisseur au concept. Une fois par an, les Talents du Luxe et de la Création, récompensent, créateurs et acteurs qui évoluent dans cet univers et l'enrichissent de leur diversité et de leurs initiatives. Plusieurs prix parmi lesquels le Talent d'Or qui a récompensé des personnalités venues d'horizons très différents comme Patrick Blanc dont les murs végétaux sont aujourd'hui remarqués partout et notamment au Musée des Arts Premiers, le designer Martin Szekely, Anne-Claire Tattinger, la styliste Chantal Thomass, le parfumeur Serge Lutens ou le paysagiste Louis Benech en 2007. Cette année, ce sera au tour d'Isabelle de Borchgrave et de ses robes en papier, de l'architecte Patrick Naggar, du paysagiste Jean Mus, du styliste-designer Gustavo Lins, parmi d'autres valeurs sûres, d'entrer en lice. Une compétition qui s'annonce serrée !
Colloque du Sommet du Luxe et de la Création et remise des Talents du Luxe et de la Création, lundi 1er décembre, au Grand Hôtel Intercontinental.
LE BILLET- 5 NOVEMBRE 2008
Le Centre déménage !
Le Centre du luxe et de la création déménage…dans tous les sens ! Nous posons nos valises 5 quai Voltaire, ouvrant ainsi un nouveau cycle. Un cycle symbolique, parce que les Talents du luxe et de la création ont sept ans - l'âge de raison - et que cela nous mène vers la maturité de notre belle institution. Cette année, nous devrions fêter le 100ème lauréat des Talents…
Qui sera le 200ème ? Et à quoi ressemblera le luxe dans sept ans ? Nul ne le sait mais, il nous faut anticiper cet avenir, le deviner, l'encourager.
Tel est en effet le but du Centre qui contribue à bâtir un nouveau système de réflexion dans le monde du luxe : chacun des Sommets, grâce à la qualité et à la diversité des personnalités réunies, a permis de décrypter les signes avant coureurs des mouvements profonds qui irriguent le luxe.
Parce que le luxe lui-même bouge constamment ses lignes, et que c'est même là l'une des conditions de son développement, le Centre du luxe et de la création doit sans cesse se réinventer également. Le Centre est un bien collectif que chacun, partenaire, membre, créateurs, construit, année après année. Le 1er décembre, date du prochain Sommet, sera ainsi l'occasion de s'interroger à nouveau, de remettre encore une fois notre ouvrage sur l'établi. Nous vous invitons à venir nombreux pour participer à cette réflexion…
Pour toute information complémentaire merci de nous contacter au +33 (0)1 56 58 50 74.
LE BILLET- 29 octobre 2008
Le mardi 28 octobre 2008 a eu lieu la première étape de sélection des candidats en lice pour les Talents du luxe et de la création. Le Collège des Découvreurs de Talents s'est réuni au Grand Hôtel InterContinental Paris, afin de désigner les nominés des Talents du luxe et de la création ainsi que la sélection des candidats pour l'Empreinte de l'Année et le Talent d'Or. Les lauréats seront désignés au sein de cette sélection et récompensé le 1er décembre 2008 lors de la soirée de gala annuelle des Talents au Grand Hôtel Intercontinental.
Les nominés au Talent de l'Audace
Hubert Barrère, corsetier
Isabelle Capron, directrice générale de Fauchon
Maï Lamore, créatrice de bijoux et de chaussures
Gaspard Yurkievich, créateur de mode
Les nominés au Talent du Bien-être
Laurent Couegnas, chef de L'Escargot de Montorgueil
Peggy Huynh Kinh, architecte d'intérieur et créatrice de mode
Matteo Messervy, plasticien de la lumière
Laurence Perceval, directrice des deux Abbesses
Les nominés au Talent de l'Elégance
Isabelle de Borchgrave, designer de papier
Nawal El Assad, créatrice de mode
Frédéric Pinel, malletier
Thibaut de Saint Chamas, photographe
Les nominés au Talent de l'Harmonie
Emmanuel Dietrcih, designer, directeur artistique de Valmont
Nedda El-Asmar, designer d'orfèvrerie
Jean Mus, architecte paysagiste
Renaud Pellegrino, créateur de mode et d'accessoires
Les nominés au Talent de l'Innovation
Yannick Alléno, chef du Meurice
Isabelle Guédon et Benjamin Caron, fondateurs de Deuce, créateurs de mobilier et de jeux
Christophe Laudamiel, parfumeur
Cédric Ragot, designer
Les nominés au Talent de l'Invention
5.5. Designers, collectif de designers
Pierre Delavie, artiste plasticien
Bernard Mauffret, ébéniste
Robert Stadler, designer
Les nominés au Talent de l'Originalité
Claudio Colucci, designer
Géraldine Gonzalez, créatrice et illustratrice en volume
Roxane Rodriguez, antiquaire, scénographe
Estelle Yomeda, créatrice de chaussures
Les nominés au Talent de la Rareté
Martine et Prosper Assouline, éditeurs
Gérard Lognon, plisseur
Margit Muller, directrice de l'hôpital des Faucons (Abu Dhabi)
Patrick Naggar, architecte, designer
Les nominés au Talent de la Séduction
Shaun Leane, joaillier
Paul Mathieu, designer
Chistophe Michalak, chef pâtissier du Plaza Athénée
Maurice Roucel, parfumeur chez Symrise
Les nominés au Talent du Management
Natalie Bader, présidente directrice générale de Fred Joaillier
Michel Laroche, œnologue, président du directoire Laroche
Jérôme Sans, directeur artistique, commissaire d'exposition
Patrick Thomas, gérant d'Hermès
Sélection pour l'Empreinte de l'Année
5.5. Designers, collectif de designers
David Amsellem, président directeur général de John Paul, conciergerie privée
Felipe Oliveira Baptista, créateur de mode
Brigitte Fitoussi, directrice artistique de Christofle
Christophe Laudamiel, parfumeur
Shaun Leane, joaillier
Aaron de Mey, directeur artistique de Lancôme
Sakina M'Sa, créatrice de mode
Cédric Ragot, designer
Anne de Vandière, photographe
Sélection pour le Talent d'Or
Hubert Barrère, corsetier
Peggy Huynh Kinh, Architecte d'intérieur et créatrice de mode
Gérard Lognon, plisseur
Jean Mus, architecte paysagiste
Renaud Pellegrino, créateur de mode et d'accessoires
Frédéric Pinel, malletier
Maurice Roucel, parfumeur
Patrick Thomas, gérant d'Hermès
Le Collège des Découvreurs de Talents, outre cette sélection de nominés, tient à saluer le talent des candidats qui se sont présentés cette année et à distinguer particulièrement Udo Edling, Jean-Marc Gady, Christophe Leblanc, Lefranc-Ferrant, José Lévy, Gustavo Lins, Serge Orion, Patrick Perrin, Thakoon, Kris Van Assche.
Le Billet- 23 octobre 2008
Les Talents du luxe, créateurs de valeur
Les candidatures aux Talents du luxe et de la création, récompenses les plus prestigieuses attribuées aux créateurs et managers des différents secteurs du luxe depuis sept ans, sont closes. La semaine prochaine, nous vous dévoilerons les noms des nominés qui deviendront peut-être lauréats le 1er décembre. Comment fonctionnent ces Talents ? Que nous disent-ils de ceux qui les remportent ? A quoi servent-ils ? Autant de questions que l'on nous pose souvent…
Reprenons depuis le début : Le Centre du luxe et de la création distingue, accompagne et récompense les meilleurs créateurs qui sont la sève nourricière des ateliers et des entreprises du luxe. Mettre la création au centre du luxe, car elle est le moteur de son renouvellement permanent, tel est le credo du Centre qui remet, chaque année, les Talents du luxe et de la création. Neuf Talents, incarnant les valeurs éternelles du luxe, récompensent l'inspiration créatrice : l'audace, le bien-être, l'élégance, l'harmonie, l'innovation, l'invention, l'originalité, la rareté et la séduction. A ces valeurs s'ajoutent le Talent du Management, l'Empreinte de l'année, destinée à une œuvre qui marque son temps, et le Talent d'or. Un prix spécial du jury peut venir distinguer l'ensemble d'une œuvre. Les Talents s'adressent donc à l'ensemble des métiers du luxe : mode, accessoires, design, architecture, gastronomie, hôtellerie, art des jardins, automobile, parfumerie, cosmétiques, métiers d'art...
Comment ça marche ?
Deux jurys sélectionnent puis désignent les lauréats. Le premier jury, ou collège de découvreurs de Talents, est composé d'experts reconnus, représentant les différents métiers du luxe, qui proposent des candidatures et choisissent les nominés. Le second jury, pluridisciplinaire, compte des personnalités du monde du luxe, de la culture et des affaires. Il distingue les lauréats.
Que nous disent-ils de ceux qui les remportent ?
Qu'ils sont talentueux ! Les jeunes y trouvent une plateforme extraordinaire de développement, les moins jeunes une reconnaissance qui dépasse les frontières de leur secteur d'activité. Car dans les Talents du luxe et de la création, il n'y a ni jeunisme, ni cooptation, ni favoritisme. Seul le talent compte. On n'y juge pas sur un projet, mais sur une démarche et l'ensemble des projets.
A quoi ça sert ?
Les Talents sont de formidables créateurs de valeur. Comme les trois étoiles ou la palme, ils donnent un surcroît de crédibilité et un label de reconnaissance aux créateurs qui les reçoivent. Plateforme exceptionnelle de communication autant que de développement, ils confèrent à leurs détenteurs une notoriété et une reconnaissance internationale.
Ils leur ouvrent aussi notre réseau, puisque les lauréats deviennent membres de droit du Cercle du luxe.
Jacques Carles, président du Centre du luxe et de la création
Le BILLET - 16 OCTOBRE 2008
L'effet miroir
Un curieux effet de miroir peut être observé entre marques et créateurs : les premières sont souvent fières de pousser sur le devant de la scène leur créateur phare, qui joue le rôle d'emblème de la marque, tandis que les seconds recherchent volontiers l'ombre des grandes maisons, dont la réputation fournit un pont naturel vers les consommateurs et la notoriété. Si bien que l'on ne sait plus trop lequel des deux porte l'autre : la griffe est-elle celle du créateur ou de la marque ?
Créateurs et marques, marques et créateurs : lequel des deux guide l'autre, voilà la question…
Premier constat : la naissance d'une marque est en elle-même un acte de création. D'un point de vue juridique en effet, la création d'une marque suppose non seulement de déposer un nom, mais également sa représentation graphique. Or, ce faisant, c'est l'identité visuelle de la marque qui est fondée. Parler de l'identité d'une marque n'est pas un vain mot : comme le souligne en effet Patrice Civanyan, associé de l'agence de conseil en identité de marque Lewis Moberly et auteur de l'ouvrage « La chair des marques », l'autorité d'une marque repose sur sa capacité à raconter une histoire, à créer un monde original et distinct. C'est de cette capacité à déployer un langage qui lui soit propre que dépend son pouvoir de séduction.
Et, de fait, une marque est de plus en plus appréciée pour son authenticité, parce qu'elle « sonne juste ». C'est pourquoi, aux créateurs auxquels elle fait appel pour alimenter son histoire, elle ne pose souvent qu'une seule règle : respecter ses origines, ses codes, son essence. Et ce n'est pas Brigitte Fitoussi, à qui Christofle a confié le soin de bousculer l'image de la maison, qui le renierait. Sceptique à l'égard des ruptures, la directrice artistique de Christofle dit avoir préféré s'imprégner de l'histoire de la marque et de ses racines avant de chercher à insuffler un nouvel élan à la prestigieuse maison des arts de la table. Pari gagné pour cette ancienne architecte, qui a su introduire de jeunes créateurs, tel Ora Ito, capable d'être en décalage par rapport au passé sans le renier.
Cette alchimie complexe qui consiste pour un créateur à être à 100% dans la marque, et à 100% dans son style est la clé de la réussite. La passion se crée lorsque le créateur entre en résonnance avec la marque.
Plus facile à dire qu'à faire : l'alchimie demande du temps. Vincent Grégoire, directeur artistique du département art de vivre de la célèbre agence de tendances Nelly Rodi, fustige l'incessant turnover des créateurs, particulièrement visible dans la mode. Las des marques « jetables » sans vision de long terme, il s'interroge : combien d'échecs pour une ou deux réussites spectaculaires ? La collaboration entre une marque et un créateur doit venir du projet. C'est cette culture du projet qui fait que les mondes respectifs du créateur et de la marque s'imprègneront l'un de l'autre avant de pouvoir se nourrir l'un l'autre.
Car le mouvement est à double sens : si le créateur enrichit la marque de ses créations, la marque est loin d'être un simple passeport commercial. Il serait en effet faux de prétendre que la création se limite au produit, tant sa mise en valeur, à travers l'image, la communication et la commercialisation du produit s'inscrit dans le processus de création. « Créer pour créer n'a pas grand intérêt », témoigne José Lévy. Jugeant d'après son expérience, ce styliste designer aujourd'hui consultant auprès de plusieurs marques estime qu'il faut que l'élan créateur se poursuive tout le long de la chaîne, pour porter les créations jusqu'à la clientèle. Quitte pour le créateur à rentrer dans un cadre, avec toutes les restrictions en termes de liberté créatrice que cela implique.
On ne saurait en effet oublier qu'une entreprise est un aigle à trois ou quatre têtes, où créateurs, actionnaires, commerciaux et marketing ont leur rôle à jouer. Quand bien même leurs intérêts semblent parfois divergents, il est plus que nécessaire de parvenir à une cohérence dans le travail de chacun d'eux. La vraie question, c'est quel est le degré de liberté réciproque dont peut bénéficier chacun des acteurs de la marque. Comme le dit Jacques Carles, président du Centre du luxe et de la création, « le succès d'une marque dépend de cette intelligence de l'équilibre dont elle fait preuve ». Car la force d'une marque repose avant tout sur les hommes, et c'est ce génie humain, managérial, culturel et artistique qui va porter une marque au sommet de sa gloire.
Le billet - 8 octobre 2008
Cultures Luxes (4) / Le luxe collectionneur et mécène
On voit depuis quelques années fleurir les fondations, musées et collections estampillés du nom d'une maison ou de son dirigeant, de telle sorte que le luxe semble devenir l'un des grands mécènes et metteurs en scène de la culture. Plus encore, les flagships, temples du luxe moderne, sont « visités » par les clients et les vitrines ressemblent parfois à s'y méprendre à de véritables musées. Ce modèle va-t-il perdurer ? Est-ce un lien « naturel » entre art et luxe qui provoque cette tendance ? Ou bien, les maisons utilisent-elles l'art comme un outil marketing, destiné à se hisser au-dessus du commun des marques et à se doter d'une reconnaissance esthétique ? Et à travers cette démarche est-ce les œuvres qui sont mises en scène ou la marque ?
Entre luxe, art et culture, s'agit-il d'une histoire d'amour utile ou l'art est-il le luxe du luxe ?
Tel sera le thème et les questions abordées durant la quatrième table-ronde du Sommet du luxe et de la création le 1er décembre 2008.
Pour vous inscrire :formulaire_inscription_sommet_luxe_2008.pdf
Le Billet - 2 octobre 2008
Cultures Luxes (4) /Le luxe créateur de culture
Le luxe parle de clients, d'artisans et de codes, tandis que la culture dira plutôt acheteurs, artistes et courants esthétiques. Les deux mettent la création en leur centre, se réclament de la beauté et/ou de la nouveauté, sont souvent chers et élitistes, font rêver. Le fleurissement de l'un a souvent accompagné dans l'histoire l'épanouissement de l'autre. Leur rapport au pouvoir et à l'argent est étroit. Est-ce à dire que les produits de luxe sont des biens culturels comme les autres et les magasins des galeries d'art ? L'objet de luxe peut-il être assimilé à un objet d'art ? Le créateur est-il un artiste qui anime un processus de production, parfois industriel ?
Au fond, le luxe, en ses différents secteurs, n'est-il pas l'intermédiaire qui transforme les courants artistiques en biens de consommation ?
Tel sera le thème et les questions abordées durant la troisième table-ronde du Sommet du luxe et de la création le 1er décembre 2008.
Pour vous inscrire :formulaire_inscription_sommet_luxe_2008.pdf
Le Billet - 25 septembre 2008
Cultures luxes (3) /La culture des maisons
De quelle matière les marques sont-elles pétries ? Quelle est la culture qui en fait la chair ? Cette culture n'est pas uniquement le fruit d'une histoire familiale et patrimoniale ou d'une transmission de savoir-faire. Elle est aussi le fruit d'un projet d'entreprise qui s'ancre dans des objectifs de rentabilité.
Car la culture du luxe intègre comme toute autre activité les conditions de sa survie et de son développement économiques. La singularité du luxe est que pour y parvenir il faut trouver le bon dosage entre la création, la tradition, le renouveau et l'invention.
Mais dans un contexte où les codes du luxe tendent à être récupérés par le mass market, les maisons doivent préserver leur capacité de différenciation et pour cela exacerber leur identité sans perdre leur culture. Comment peuvent-elles y parvenir et faire de leur culture et de leur patrimoine un atout ?
Tel sera le thème et les questions abordées durant la deuxième table-ronde du Sommet du luxe et de la création le 1er décembre 2008.
Pour vous inscrire :formulaire_inscription_sommet_luxe_2008.pdf
Le billet - 18 septembre 2008
Cultures luxes (2) / luxe et mondialisation
Lorsqu'une maison française a un directeur artistique anglais et des investisseurs moyen-orientaux, relève-t-elle encore d'une culture française ? Et si le luxe est l'expression d'une culture, comment gérer la mondialisation et faire valoir sa culture d'origine ? Entre micro-entreprises locales offrant des produits de niche et groupes de luxe internationaux, quel sera la voie du luxe de demain ? Faut-il défendre le luxe « français », « italien » ou autre, ou bien faut-il imaginer qu'il y a désormais une culture « mondiale » du luxe, un luxe « international », ou faut-il penser au contraire que le luxe diffère d'un lieu à l'autre et qu'il faut, en conséquence, adapter sa culture à un marché ?
Quels sont, en somme, les liens entre les racines patrimoniales irriguées par des savoir-faire souvent anciens, et les métissages culturels d'un monde qui se globalise ? Peut-on imaginer qu'il y ait une exception culturelle pour les entreprises de luxe ?
Tel sera le thème et les questions abordées durant la première table-ronde du Sommet du luxe et de la création le 1er décembre 2008.
Pour vous inscrire :formulaire_inscription_sommet_luxe_2008.pdf
Le billet - 11 septembre 2008
Cultures luxes :
thème du Sommet du luxe et de la création du 1er décembre 2008
Pour vous inscrire :formulaire_inscription_sommet_luxe_2008.pdf
Le luxe est l'expression d'un patrimoine et d'une culture : ceux d'un pays, d'un groupe, d'une entreprise. Il est ainsi le reflet des mutations de la société, où l'histoire des savoir-faire, l'avant-gardisme en termes d'innovation et l'imaginaire créatif se mêlent pour constituer la « culture luxe ». A l'heure de la mondialisation, le luxe devrait être plus que jamais l'incarnation de la diversité inventive. Pourtant, le goût semble s'uniformiser et le luxe court le risque de se banaliser. Si le luxe est le même à Paris, New York ou Tokyo, si les analyses marketing conduisent aux mêmes conclusions et aux mêmes gammes, alors la « culture luxe » risque de s'appauvrir. Et les biens de luxe seront vite ravalés aux rangs de produits, bien loin de la sphère de beauté exclusive à laquelle ils aspirent pourtant.
C'est une nouvelle économie et de nouvelles stratégies qu'il faut imaginer pour réinventer la culture luxe du 21ème siècle. C'est à ce défi que sera consacré le Sommet du luxe et de la création autour de quatre tables rondes destinées à définir la ou les cultures à venir de la planète luxe, autant que le rapport complexe du luxe au monde culturel et artistique. Ni vraiment industriel, ni tout à fait culturel, le luxe, à l'âge de la nécessaire différenciation des marques, est en train d'inventer une voie nouvelle qui sera peut-être l'économie de la création.
Pour vous inscrire :formulaire_inscription_sommet_luxe_2008.pdf
Le Billet - 4 septembre 2008
Créer de l'imaginaire
Créer de l'imaginaire, raconter une histoire. Voilà le credo répété, martelé, par les maisons de luxe. Depuis fort longtemps le parfum utilisait ce moyen pour faire « sentir » l'imperceptible. Une certaine surenchère est même en accélération depuis quelques années avec des spots de deux ou trois minutes et désormais avec des publicités en forme d'événements se prenant pour des émissions télévisées…c'est Magnifique !
Mais enfin, jusqu'où ira-t-on ? Loin, très loin encore, c'est à prévoir. Après les mannequins, après les actrices, ce fut le tour des « personnalités », des people. Les Coppola et autres Gorbatchev sont-ils les nouveaux canons de la publicité de luxe ?
De même que dans l'art il y avait des canons de beauté à respecter et que cela a satisfait tout le monde jusqu'à un certain point, il y a eu ensuite la nécessité d'aller plus loin. Et de se demander si l'art se réduisait à la beauté. La réponse fut négative : on a ensuite inventé le « laid », le sens et même le non-sens, à tel point que l'art contemporain frise à intervalle irrégulier l'imposture, au risque parfois de ne plus dire grand-chose.
La même avanie guette-t-elle la pub de luxe, qui vivrait ses dernières heures de gloire ? Sans doute pas car si l'art n'est indispensable à personne, la publicité a de beaux jours devant elles. Mais une nouvelle forme de publicité. De même que l'art a choisi de donner du sens plutôt que d'être « beau » la pub de luxe a décidé de construire du « fond » plutôt que de belles images lisses. Le phénomène de la belle égérie n'est-il pas en passe d'être dépassé ? Claudia Schiffer et Kate Moss font-elles encore rêver (et acheter) qui que ce soit et en particulier les clients du luxe ?
C'est bien moins une nouvelle manière de vendre qu'une nouvelle esthétique de la pub qui est en train de naître. Faut-il crier « la pub est morte, vive l'histoire de la marque » ?
Julie El Ghouzzi, directeur du Centre du luxe et de la création
Le Billet - 27 aout 2008
Marques, luxe et créateurs
Dans le domaine des arts, les œuvres ont été pendant longtemps attribuées aux ateliers et le concept de créateur ne signifiait rien, ou presque, avant la Renaissance. Il en est parfois de même dans l'univers des maisons de luxe. En effet, qui connaît les créateurs de certaines des plus grandes joailleries ? En revanche, le secteur de la mode met bien plus souvent en avant un créateur phare qui joue le rôle d'emblème de la maison.
Quelle est aujourd'hui la place du créateur et de la création au sein des maisons, quel est leur rôle dans la définition et l'orientation des marques ? Derrière les marques, et celles de luxe en particulier, se cachent des histoires et un génie humain, managérial, culturel et artistique. Quel est dans le dispositif de l'entreprise la place du créateur au sein des marques, des marques vis-à-vis de leur potentiel de création ?
Ce sont autant de questions qui fernt le thème du prochain Entretien du Cercle du luxe qui se tiendra le 25 septembre prochain...
le billet - 2 juillet 2008
Créatures de luxe
Les grands créateurs - en particulier italiens - s'essaient de plus en plus à la décoration d'hôtels de luxe, si possible griffés de leur nom, après Ferragamo ou Bulgari, c'est au tour de Gianfranco Ferrè et d'Elie Saab d'appliquer leur patte dans une tour et des résidences privées à Dubaï.
Pourquoi cette nouvelle tendance ? Est-ce là un avatar de la diversification des marques ou un nouveau phénomène de licence ? Pourtant, on n'appose pas son nom sur des lunettes ou un parfum comme sur un hôtel, qui demande une implication autrement plus importante. Certes, chacune de ces marques a une identité très forte et un créateur qui peut aisément passer de la mode à la décoration, à l'instar d'un Christian Lacroix. Mais cela ne suffit pas à expliquer ce phénomène, dans lequel on peut voir quelque chose de bien nouveau et propre à l'esprit du luxe contemporain. Il s'agit du glissement qui s'opère du luxe des objets vers un luxe total qui forme un véritable art de vivre.
Se retirer dans un intérieur absolu, confortable, aménagé, voilà l'esprit de luxe de notre siècle. C'est ce que Peter Sloterdijk (prononcer « Slo - teur - dichque »…) appelle aujourd'hui le « Palais de cristal », une forme de grande sphère du luxe, un palais de la parfaite volupté, qui implique l'idée que la destination ultime de l'homme, c'est le confort. L'homme ne croît plus à l'au-delà, ni à idéal de bonne conduite ici bas, son but ultime : un grand intérieur aménagé par le pouvoir d'achat.
Alors face à ma cheminée, dans mon fauteuil, tel Descartes face au doute métaphysique, découvrant que s'il pense, il est ; je ne pense pas, je ne me pose qu'une question : est-ce que ce vase blanc n'est pas trop à droite ? Et oui, je suis une « créature de luxe » aux dires de Sloterdijk. Vous aussi d'ailleurs.
Julie El Ghouzzi, directeur du Centre du luxe et de la création
le billet - 25 juin 2008
Luxe sans service n'est que ruine du portefeuille
Un joaillier m'a nettoyé mon alliance aux ultrasons la semaine dernière. Il me l'a proposé sans que je le demande, voilà un sens du service impeccable qu'ont encore les joailliers. Et si mon sac - hypothèse très improbable admettons-le - a une lanière qui lâche, qui viendra à ma rescousse ? Mon cordonnier ? La maison mère ? Pas évident. Test à l'appui, certaines maisons ne vous réparent plus vos accessoires. Trop coûteux, trop long.
Pire encore, vous avez parfois l'impression qu'une fois sorti de la boutique, plus de salut. On vous emballe votre paquet dans du papier de soie, inséré dans un pochon en tissu, le tout empaqueté dans une gigantesque boîte en carton doublée, et avec un peu de chance elle sera recouverte de papier cadeau. Et puis… c'est tout.
Le service ne s'arrête pas au cérémonial. Quand on peut tout s'offrir, le plus important n'est pas l'objet ou son emballage, c'est le plaisir que vous éprouvez au moment où vous l'achetez qui compte. J'enfonce des portes ouvertes ? Pas si sûr.
« Un service est la fourniture d'un bien immatériel, avantage ou satisfaction d'un besoin, fourni par une entreprise ou l'État au public, à titre gratuit ou onéreux (transport, recherche, travail ménager, consultation médicale...) », voilà la définition du dictionnaire. Et le luxe (cf. billet du 7 février 2008) relève de plus en plus du bien immatériel, donc du service. Il n'est que de voir la montée en puissance des offres de coaching ou de conciergerie en tout genre. Les très riches d'aujourd'hui apprécient autant le produit que la facilité à l'acquérir ou se le faire livrer. Les plaisirs les plus luxueux aujourd'hui résident dans les services : privatiser une boîte de nuit, ouvrir un grand magasin pour un seul client, répondre à n'importe quelle demande, n'importe quand. Une logique que l'hôtellerie a mise en œuvre depuis bien longtemps. Les maisons de luxe, elles, sont inégales en la matière. Dans la rude compétition mondiale qu'elles se livrent, le service prendra probablement le pas sur l'image de marque. L'image attire, le service fidélise.
Julie El Ghouzzi, directeur du Centre du luxe et de la création
le billet - 19 juin 2008
Capitalisme du luxe
Le montant de l'action Hermès est un objet de fantasme et de surspéculation… Pourquoi ? Sans doute parce que la maison apparaît comme l'un des derniers bastions du luxe familial. Quel rapport me direz-vous ? Et bien, le spéculateur moyen pense en bon wébérien que ce modèle ne durera pas et qu'il faudra bien mettre au pas du Capitalisme « moderne » cet îlot transmissible de père en fils, de cousin en beau-frère.
Max Weber attribue en partie l'émergence du Capitalisme moderne à la séparation de l'entreprise et du ménage. Lorsque le commerce n'est plus géré par la famille, naît(rait) le capitalisme. Hermès n'est-il pas capitaliste ?
En tout cas, « l'esprit du capitalisme » hermèsien défie ce père de la sociologie en installant la sixième génération aux commandes de l'entreprise et rappelant simultanément que le montant de l'action Hermès a été multiplié par 17 depuis 1993.
Pire encore, le capitalisme familial se moque éperdument des spéculateurs et ne prend aucunement peur de faire taire brutalement les rumeurs de rachat potentiel. Non Hermès n'est pas à vendre. Non l'esprit de capitalisme n'est pas nécessairement froid, calculateur et rationnel.
Il ne faut jamais travailler en famille ? Ah bon ?
Julie El Ghouzzi, directeur du Centre du luxe et de la création avec la collaboration de Bastien Gibert.
le billet - 5 juin 2008
Saint Laurent : une immortalité si proche
La disparition d'Yves Saint Laurent fait ressentir la plénitude du Talent de ceux qui incarnent par leur inspiration le temps qui passe.
Artiste, visionnaire, metteur en scène des changements d'une société, magicien, alchimiste de la séduction. Les qualificatifs les plus poétiques lui tressent une couronne de jeunesse et de fraîcheur. Et l'histoire du luxe est jalonnée par les fulgurances de ces aventuriers du désir et de la beauté qui transcendent les modes en leur donnant, dès qu'elles naissent, l'éternité de leur génie.
Qui lui succèdera dans l'ordre de cette chevalerie de la création ?
La question vaut-elle d'être posée alors que tant de créateurs irriguent le luxe de leur savoir-faire et de leur créativité ?
Quels sont ceux qui déposeront, dans le sablier de l'excellence, ces petits grains à nuls autres pareils, illustrations d'une perfection du monde qui ne se donne qu'à eux ?
Quels sont ceux qui auront autant d'humilité et de timidité communicative à travers la folle simplicité de leur œuvre ?
Qui saura continuer à peupler ces rêves avec autant d'élégance et d'amour ?
Quels sont les chefs d'entreprise, les mécènes et les observateurs de tout rang qui sauront se projeter au-delà de leur champ de vision habituel pour distinguer, sans sacrifier aux complaisances mercantiles ou mondaines, un successeur (ou une ….e ; je ne me fais pas à cette nouvelle orthographe) digne de tant d'admiration ?
Sans lancer une quête éperdue en remplacement légitime, je ne me résous pas à dire le Roi est mort, vive le Roi. Mais tout simplement le Roi médite dans un ailleurs qui ressemble à nos rêves.
Jacques Carles,Président du Centre du luxe et de la création
le billet - 29 mai 2008
A bas le luxe démocratisé, vive le luxe participatif !
Interactif, le luxe l'est de plus en plus. Les maisons se mettent doucement, mais sûrement au e-commerce : Mauboussin, Dior, Boucheron ou encore les Galeries Lafayette s'y sont déjà plongés avec délice… La création sait peupler tous les mondes réels ou virtuels et ainsi donner du lustre, de l'audace aux produits de luxe. Point de chute de piédestal quant on se met à internet.
Plus encore qu'interactif, misons que demain, et déjà un peu aujourd'hui, le luxe sera participatif… Comment ? En suivant la voie de Beuys qui clamait que nous sommes tous des créateurs. L'exclusivité et la rareté viendront demain du consommateur lui-même, devenu pour l'occasion directeur artistique de son propre produit. Customisation, sondages en ligne, sont déjà les prémisses d'un mécanisme qui s'étendra. Peut-être bien, par le biais de l'interactivité d'ailleurs : on cliquera non plus seulement sur la couleur, ou la taille, voire le matériau, mais on pourra changer les proportions, tel ou tel détail, ajouter ceci ou cela…
Tout le danger, qui est celui là même de la démocratie participative est d'imaginer que le peuple puisse se tromper… L'intelligence politique est-elle dans le peuple, se demandent les détracteurs de la démocratie participative. De même le bon goût est-il le propre du consommateur ? Qu'à cela ne tienne le luxe n'est pas toujours le bon goût. Et avoir un sac cher et de mauvais goût n'a encore jamais provoqué de révolution.
A bas le luxe démocratisé, vive le luxe participatif !
Julie El Ghouzzi, directeur du Centre du luxe et de la création
le billet - 15 mai 2008
Mettre la création au centre du luxe
Mettre la création au centre du luxe, car elle est le moteur de son renouvellement permanent, tel est notre credo. En effet, sans la création le luxe serait un secteur sans inspiration voué à la standardisation. Il doit au contraire être le reflet d'une avant-garde esthétique et industrielle, tout en gardant son exclusivité.
L'accessibilité grandissante des produits qualitatifs, autrement dit la démocratisation, a au moins une vertu : elle créé une surenchère qui pousse le luxe à être plus créatif. En perdant de sa rareté, le luxe perd de sa fascination, il doit donc trouver de nouvelles formules pour attirer, intriguer, séduire.
Et c'est bien la création qui peut faire la différence, quand les campagnes de communication de grande distribution ressemblent à s'y méprendre à celles des marques de luxe. Innover sans cesse, repousser toujours plus loin les limites de l'imagination, ce sont là les défis du luxe de demain.
Le luxe sera encore plus fou, visionnaire, utopiste, loin du formalisme et de la répétition.
Mais il n'y a pourtant là aucune recette. C'est même dans les nouvelles recettes qu'on trouvera le meilleur luxe, ou le pire fiasco… Car créer une rupture, déroger aux règles, en un mot être audacieux, ne conduit pas forcément au succès commercial. Anticiper, provoquer, voire susciter le désir du client, tel est la seule « recette » indispensable aux créateurs des différents métiers du luxe. Et le travail d'équilibriste des maisons de luxe est donc d'encourager à penser l'impensable, tout en répondant aux demandes du marché et aux pressions des investisseurs.
Julie El Ghouzzi, directeur du Centre du luxe et de la création
Le billet - 8 mai 2008
A la recherche du Style perdu
Quand tel un employé de Banque inquiet de votre passage dans le sas, un vendeur, rue de la Paix ou place Vendôme refuse d'ouvrir au touriste en tongs, shorts et sac à dos, faut-il relever là un problème de style ? Pire encore, ce n'est peut-être pas le style du quidam en vacances qui pose problème, mais le style du vendeur…
Trêve de plaisanterie, on peut bien avoir du style tout en étant fauché, on appelle ça en général du panache et chacun croit en être assez bien pourvu.
Le luxe n'est donc pas un style. Mais un luxe sans style n'est pas un luxe véritable. C'est toute la différence entre le coûteux, le tape à l'œil et le luxueux. Le premier n'a pas de style, le second n'est qu'une singerie du style et le troisième est l'incarnation du style dans une perfection de savoir-faire.
Et c'est pourquoi, le style est une denrée si nécessaire aux maisons de luxe : sans lui elles dépérissent et tombent dans l'un des travers précédents. D'où la recherche incessante du créateur qui a du style, quitte à changer de DA chaque saison, quitte à bousculer les codes d'une marque. Changer de codes ne signifie pas forcément changer de style. On peut garder le même style et modifier le reste. C'est même le pain quotidien des agences.
On peut aussi désormais s'acheter un style, merci aux grandes prêtresses du relooking qui vous transforment n'importe quel bossu en 007… mais pour combien de temps ? On peut bien me répéter à longueur de magazines qu'en associant le petit haut A + les chaussures B + la jupe C, j'aurai un style impeccable, je risque fort de ressembler à ma voisine. La course au style créé son propre enfermement. Le systématisme, le maniérisme (ce qu'on appelle aujourd'hui le mix and match…) engendrent la répétition qui le fait péricliter dans la décadence.
Le style en effet, ne résiste pas longtemps à une contrefaçon, une imitation. Il y a quelque chose de naturel dans un style et les accessoires sont plutôt là pour l'accentuer. Ce qui fait dire à Buffon que le « Style c'est l'homme même ».
Julie El Ghouzzi, directeur du Centre du luxe et de la création
le billet - 24 avril 2008
Le luxe, nourriture terrestre
Le luxe, ce superflu si nécessaire ? Le luxe ne sera pas demain un bien de première nécessité, quoi qu'il pourrait être amusant quand on y pense, d'imaginer un tel luxe. On pourrait ainsi se lancer dans une politique de travaux publics pour la production d'objets de luxe. Les consommateurs de bien de luxe deviendraient des nécessiteux quémandant, non plus un peu soupe mais de luxe populaire.
On a parfois envie d'être plus rousseauiste que voltairien. Il est difficile de parler de luxe quand on ne voit partout que famine et émeutes de la faim. Faut-il pour autant avoir honte du luxe ? Le disqualifier comme l'inutilité suprême, une insulte aux plus pauvres ? Parlant de luxe, Rousseau disait « le goût du faste ne s'associe guère dans les mêmes âmes avec celui de l'honnête. » Il mettait les sciences dans le même panier, affirmant qu'un Etat, exempt de science et d'art, est plus durable car il est vertueux. De quoi égratigner tout un système de valeurs, au risque de devenir rétrograde. Car si Rousseau et Voltaire sont bien d'accord sur une chose c'est pour dire que luxe et progrès riment ensemble.
Et l'on peut en effet douter de jamais résoudre les problèmes d'approvisionnement alimentaires des pays émergents et en voie de développement, si on ne les aide pas précisément à se développer, à émerger. Comment sinon via le progrès, l'apport de savoir-faire, de routes, de mécanisation, etc… Comment sinon en leur apportant ce qui pour nous est une simple utilité et pour eux un luxe si nécessaire ? On a parfois envie d'être plus voltairien que rousseauiste. Le nez dans le ruisseau, c'est la faute à Rousseau.
Julie El Ghouzzi, directeur du Centre du luxe et de la création
le billet - 17 avril 2008
Le design, avenir de la création
Discipline à la croisée des contraintes fonctionnelles, structurelles, esthétiques, symboliques, techniques et productives, le design est-il l'avenir de la création ? A en croire le succès grandissant des salons tels que Maison et Objet ou le Salon du meuble de Milan qui a lieu en ce moment même, la question mérite d'être posée. Ou plutôt reposée. Car la question n'est pas nouvelle, c'est celle de la préséance de la forme sur la matière, du « dessein », digne ancêtre du design sur la « couleur » et le monde sensible.
Si à l'époque de Poussin, de Le Brun et de Rubens, la couleur avait un temps pris le dessus en menant vers une esthétique baroque du « colorito », le « dessein », l'intelligence de la forme a désormais gagné la « querelle ».
Bien au-delà d'une recherche de formes nouvelles adaptées à leurs fonctions, le design est un moteur de développement économique qui incarne l'innovation et différencie l'entreprise dans sa production, ses activités et son image. Il organise les signes identitaires en un tout harmonieux, associe les formes et les matières, les environnements de travail et les relations avec le client, la communication et la stratégie. Elément de plus en plus important de la valeur ajoutée, le design est devenu une fonction transversale des entreprises et des organisations qui unit toutes les autres fonctions par une cohérence nouvelle. Au delà de l'impact direct du design dans la vie quotidienne et l'art de vivre, le design dispose donc d'un impact indirect, qui marque la croissance et stimule le progrès. Véritable passeur de tendances et révélateur des mutations de la société, le design est l'expression de cette transformation permanente qui fait naître formes et sensations nouvelles en recomposant le décor de nos vies. Intégrateur et metteur en scène des grands mouvements de la création le design devient l'avant scène de notre avenir. Laboratoire planétaire, il est le grand incubateur du futur dans une économie mondialisée qui élargit constamment son champ d'expérience.
Jacques Carles et Julie El Ghouzzi
le billet - 3 avril 2008
Un pôle de compétitivité pour le luxe
L'heure est aux réformes… Mais les réformes ne sont jamais à l'heure. Tout le monde en parle et personne ne les attend vraiment. C'est le problème de la France : une imagination fertile et une féroce appétence pour l'immobilisme.
La semaine dernière j'ai lancé le projet de l'Institut des Hautes Etudes de la Création.
J'alerte aujourd'hui sur l'urgence de créer un pôle de compétitivité internationale du luxe. Nous ferons tout pour y parvenir. C'est le challenge permanent de notre Institution : être un centre d'impulsion !
La création d'un pôle de créativité consiste à organiser autour des activités du Luxe un pôle de compétitivité qui mettrait en réseau les détenteurs de savoir-faire, les entreprises, les laboratoires de recherche et les collectivités territoriales. Le secteur du luxe est, en effet, porteur en France de tant de savoir-faire et d'un tel potentiel de création que tout concourt à créer ce pôle en association avec tous les partenaires concernés. Les mécanismes de financement et d'organisation des pôles de compétitivité peuvent très bien être adaptés à ce pôle de créativité qui aurait deux fonctions :
- Stimuler la créativité par une interpénétration accrue des sciences des techniques et des savoir faire et de la création.
- Renforcer l'attractivité de la France qui accueillerait dans ce cadre de nombreux scientifiques et créateurs étrangers.
Jacques Carles, président du Centre du luxe et de la création
le billet - 27 mars 2008
Plaidoyer pour un Institut de la création
La créativité découvre des territoires d'inspiration toujours renouvelés grâce à une meilleure circulation des influences et un accès plus large à la richesse des œuvres et des traditions d'hier et d'autrefois. Mais la rigidité des systèmes de pensée et l'appréhension face au changement créent des ruptures entre le potentiel et la réalité de la création. C'est pour cela que nous avons imaginé pour assurer la germination et la fertilisation des idées de lancer un Institut des Hautes Etudes de la Création.
Sur le même modèle que l'Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale, c'est-à-dire la réunion autour des thèmes de la défense et d'un noyau d'officiers supérieurs, de représentants des entreprises de l'administration et de la société civile. Par cet intermédiaire le niveau de conscience et de connaissance des décideurs est constamment entretenu et les grands sujets relatifs à la défense sont mieux connus et partagés. Ce décloisonnement est salutaire et fructueux et permet de développer un enseignement et une recherche de haut niveau.
Il est tout à fait légitime que la France, fille aînée du luxe et un des berceaux mondiaux de la création, soit à l'initiative d'un tel Institut dont la fonction sera de réunir des créateurs, des chefs d'entreprise, des artistes, des scientifiques et des personnalités reflétant la diversité des métiers et des engagements.
Cet Institut serait largement ouvert à des auditeurs étrangers et tout comme le Cercle du luxe est un lieu de rencontre et d'émergence de nouveaux projets il sera le lieu où s'inventera l'avenir de la création. Son financement serait assuré par les grands acteurs économiques du luxe et les pouvoirs publics.
Le pari que nous faisons est que le gisement des grands changements se trouve dans ce rapprochement qui réconciliera l'imagination, l'invention et l'organisation de la société. Ce phénomène est déjà apparu plusieurs fois dans l'histoire des hommes : dans la Grèce antique, dans la Chine des Ming, sous les Omeyyades, lors de la Renaissance et au siècle des Lumières.
Peu importent les chemins qui y ont conduit ; chaque fois une « ardente et immanente » nécessité a fait son œuvre. Bien sûr des hommes et des femmes en ont été les précurseurs, les incubateurs et les catalyseurs. Toute la difficulté qu'ils ont combattue fut de lancer le mouvement. Il est ensuite devenu irrésistible et puissant.
Ce projet, à ce moment de l'histoire du monde, pourrait donner une formidable dynamique au luxe et à la création.
Jacques Carles, président du Centre du luxe et de la création
Culture Zap N° 10 - 20 mars 2008
Pour en finir avec la démocratisation du luxe
L'idée de démocratisation du luxe est doublement abusive. D'abord parce qu'elle suppose que le luxe est une notion politique. N'en déplaise à la Rolex de Nicolas Sarkozy, le luxe ne peut pas se démocratiser. Il y a là un abus de langage qui frise l'imposture.
Ensuite, la dite démocratisation envisage le luxe comme un ensemble de biens de consommation d'exception qui sont déclinés en autant de produits accessibles au commun des mortels. Certes. Dans ce cas, il faut alors envisager de la même manière que le carnet à l'effigie de la Joconde est une démocratisation de la culture. Vous m'accorderez qu'il ne s'agit plus là d'un bien culturel, et tout au mieux, d'un souvenir de vacances, d'un pense-bête pour rêver au doux visage de la « vraie » Joconde.
Au fond le problème de la démocratisation, c'est qu'elle considère le luxe non plus comme un produit d'exception, mais comme un formidable argument marketing « mon produit est le plus beau, le mieux fait, le plus désirable ». Mais ne crée-t-on pas des générations d'envieux et de frustrés avec une telle logique, me disait récemment une amie ?
Pour ma part, je vais toujours Place Vendôme pour rêver, je ne peux pas m'acheter telle ou telle parure, mais je prends un plaisir égal à admirer le travail, la perfection, en un mot la beauté de ce que j'y vois.
Avant d'être une diversification des gammes, le luxe n'est-il pas d'abord un ensemble de savoir-faire tirés petit à petit vers le haut et l'exceptionnel ? L'art de la soierie, de la plumasserie, de la joaillerie, etc… nous viennent de la nuit des temps et ont fait progressivement la réputation des hommes, des maisons, des régions.
Ne faudrait-il pas revenir à une vision inversée du luxe, qui ne soit pas « descendante », mais « ascendante » ?
Julie El Ghouzzi, directeur du Centre du luxe et de la création
Culture Zap N°9 - 13 mars 2008
Temps éphémère, luxe consommable
Au Japon, la dernière mode est au luxe éphémère : quelques heures au SPA, une nuit à l'hôtel, quelques bouchées d'un chef étoilé… Poussées par la nécessité de se réinventer sans cesse, de créer de nouvelles tentations pour leurs clients, les maisons de luxe n'ont cessé de se diversifier pour aller de l'objet durable, qu'on se passait de génération en génération - « j'ai piqué son Birkin à Maman » - au produit, sinon jetable, du moins consommable. Signe des temps.
A l'époque médicéenne, seuls les décors étaient éphémères. A l'arrivée de Léon X à Florence, toute la ville fut grimée de portes, d'arches et de triomphes en trompe-l'œil…Le tout ayant pris un temps incroyable à être confectionné, pour ne rester en place que très peu de temps. Il y a là un vrai luxe, que les plumassiers et les brodeurs qui travaillent pour la Haute-Couture ne renieraient certainement pas. Même s'ils ont eux même le sentiment de disposer de moins en moins de temps pour répondre aux commandes.
A l'heure où les collections vivent plus vite encore que ce que vivent les roses, l'identité du luxe est en voie d'accélération. Et certains diraient de perdition… Quatre collections par an ne suffisent plus et le nec plus ultra est désormais de porter ce printemps les vêtements qui ne sortiront que l'année prochaine. Les tendanceurs ont du mal à suivre le rythme.
D'où la stratégie alternative de certaines maisons de limiter volontairement leur production. Rien ne vaut l'attente au plaisir fugace. Le luxe, n'est-ce pas d'abord le savoir-faire des artisans, par lequel le temps de la main et de la matière prend le pas sur celui du désir... Est-ce vraiment l'acheteur qui ne sait plus comment dépenser pour se faire plaisir ou les marques qui le provoque sans cesse et le transforme en consommateur ?
Mais un luxe impatient peut-il durer longtemps ? Avec un peu de chance, le luxe éphémère ne sera qu'un éphémère du luxe.
Julie El Ghouzzi, directeur du Centre du luxe et de la création
le billet - 6 mars 2008
Pouvoir d'achat. Désir de luxe
Pouvoir d'achat. Désir d'achat. Entre le fourre tout de notre morosité nationale et la bonne santé du secteur du luxe, comment interpréter l'avenir ? Jamais le moral des Français n'a été aussi bas. Jamais les territoires du luxe n'ont été aussi fréquentés par des clientèles variées.
Est-ce la quête de l'oubli et l'attirance du superflu ? Ou n'est ce pas tout simplement que la mesure des humeurs économiques ne correspond pas à la réalité des tendances, ces mouvements de la vie qui traduisent les tentations du corps social.
Le Luxe est riche en paradoxes mais cette fois ci c'est le baromètre des sondages qui affiche des pressions particulièrement basses, alors que les activités du luxe poursuivent leur croissance sans perturbation majeure. Non seulement dans les pays émergents, mais aussi dans les pays développés.
Et pourtant que de Cassandres qui nous prédisent un effondrement du pouvoir d'achat alors que celui-ci devrait encore augmenter de 1,5% à 2% en France pendant l'année 2008 !
Il est vrai que les bourses mondiales sont devenues très volatiles, que l'effet subprime est loin d'avoir produits ses néfastes effets et que la hausse régulière des matières premières (pétrole, blé…) pèse sur l'économie de la Planète.
Au jeu de la prospective les meilleurs sont ceux qui imaginent les ruptures en identifiant bien les constantes des comportements sociaux, celles héritées des traditions, des fondements culturels et des atouts économiques.
Depuis la fin de la dernière guerre mondiale les ruptures majeures sont celles produites par les progrès technologiques et les phénomènes terroristes.
Les premières sont apprivoisées en continu par les secteurs du luxe qui y trouvent matière à surcroît de croissance et supports de créativité : que ce soient les matériaux, les technologies communicantes et les services commerciaux (la vente sur internet par exemple). Les deuxièmes sont de vrais facteurs de perturbation qui peuvent créer des collapsus économiques momentanés (septembre 2001) auxquels le luxe est particulièrement sensible.
Comme le Monde connaît une croissance démographique forte pour encore vingt ans et qu'il s'enrichit globalement avec un taux de progression des revenus supérieur à cette croissance, les tendances prospectives du luxe sont bonnes à cet horizon. C'est pour cela que les troubles dépressifs de notre société française, dus à de nombreux facteurs tenant plus à notre héritage et à notre difficulté à nous adapter, sont un phénomène « provincial » sans effet déterminant.
Alors, sauf accident international grave et malgré une météo économique mondiale perturbée, le luxe jouera probablement plus que jamais son rôle d'achat refuge tout en développant sa fonction d'achat de valorisation sociale.
Jacques Carles, , président du Centre du luxe et de la création
le billet - 28 février 2008
De l'objet culte
Face à l'érosion rapide des modes et à la nécessité de renouveler sans cesse la création, le marché du luxe s'interroge sur la capacité de ses créations à perdurer. Entre le must-have de la saison et le must tout court, il y a la capacité à perdurer pour se transformer en objet culte. Quand le public s'enthousiasme et que le succès suit jusqu'à fétichiser l'objet, une alchimie curieuse se produit : du Birkin bag à la ballerine Ferragamo en passant par le carré Hermès, le n°5 de Chanel, ou la toile monogrammée de Vuitton…
Premier constat : il n'existe point, au grand dam des créateurs, de recettes, dont il suffirait de mêler habilement les ingrédients, pour produire un objet culte. Le marketing le sait bien : il se serait sinon emparé de la recette pour la multiplier à l'infini. Ce qu'il tente de faire, sans toujours y parvenir.
L'objet culte n'est pas forcément le plus beau, ni le plus parfait. Il est le fruit d'une série de hasards, d'accidents. Ainsi la « deux chevaux », n'est ni une voiture de luxe, ni un objet admirable, mais elle correspond à toute une génération. Et pour cette raison, elle est « culte ». Plus encore, un objet peut profondément déplaire, avant de devenir, bien des années plus tard, culte. Que l'on pense par exemple aux meubles de Charlotte Perriand. Sa fameuse chaise longue en métal tubulaire a été accueillie comme un objet choquant, qui permettait aux femmes de relever leurs jambes. Et puis, le temps a fait son oeuvre et ses meubles s'envolent désormais à plus de 200 000 € aujourd'hui. Les collectionneurs, et les marchands d'art, sont pour beaucoup dans la montée au pinacle de certains objets : posséder un objet culte, c'est appartenir à une famille d'initiés, dont il serait le signe de reconnaissance.
Second constat : l'objet culte se démarque de l'ensemble des « choses » parce qu'il est pour celui qui le désire, ou le possède, bien plus qu'un objet. Nous projetons sur lui, un ensemble de sentiments, de souvenirs, pour en faire parfois comme un prolongement de notre corps ou de notre vécu : tel ce stylo fétiche de l'écrivain, ou la voiture qui semble garder en elle la mémoire de toutes nos vacances passées, ou ce parfum qui, tel la petite madeleine, évoque des émotions lointaines.
L'objet culte se distingue du fait qu'il concentre le désir. À l'excès l'objet peut être dit culte parce qu'il est, à proprement parler, l'objet d'un culte. Ainsi en était-il d'Edith Piaf qui achetait la même montre Reflet à tous ses amants...avant de s'en séparer. Un véritable rituel s'installe parfois autour de l'objet, provocant l'addiction du consommateur. Marilyn ne disait-elle pas dormir avec numéro 5, rien que numéro 5…
Mais, aujourd'hui, au sein d'un marché du luxe pléthorique, où l'on voit s'opérer (et ce n'est pas le moindre des paradoxes du luxe) une uniformisation des produits, y a-t-il encore la place pour qu'un d'entre eux émerge et fasse consensus ? « Je dois croire maintenant qu'elles valent quelque chose, puisque tant de gens ensemble en ont dit du bien. », disait déjà Molière. Le désir des clients, sollicité sans cesse, n'est-il pas émoussé, au point que les objets cultes risquent de disparaître pour laisser la place à des objets jetables en quelques mois ? J'adorais les méga sacs hier, je ne jure plus que par les pochettes plates aujourd'hui et demain je me damnerai pour … L'objet culte est, au contraire, celui qui est en rupture avec la mode ou le style en vigueur. En décalage avec les codes du temps, il peut même aller jusqu'à créer un style. A l'origine d'un objet culte, il y a un pari du créateur, la foi en sa création, qui d'avoir fait vibrer son auteur, devra ensuite trouver une résonance chez l'acheteur, et plus encore les acheteurs. Car c'est le nombre qui finit par déterminer qu'un objet est culte. L'objet culte est un accumulateur de tendances. Mais si les tendances valsent à tout va, comment ce phénomène de « cultisation » peut-il encore se produire ?
Si l'objet de luxe d'aujourd'hui doit être unique, mon propre objet qui me ressemble et ne ressemble à aucun autre, il ne devrait pas faire consensus et devenir culte pour toute une génération… Il reste sans doute l'espoir qu'il soit le fruit d'un culte personnel en quelque sorte. Au fond, chacun souhaite sa propre « icône » de luxe, variante du dieu du moment.
le billet - 21 février 2008
Luxe Mittal
Qui pouvait imaginer dans les années 50 quand la Communauté européenne du charbon et de l'acier dans les années fut constituée que le moteur de l'Europe deviendrait Arcelor Mittal ? Prenons bien la mesure du fait : il y a environ 50 ans, le symbole du progrès et de la modernité mondiale était le charbon et l'acier du vieux Continent. Or aujourd'hui, le charbon ne représente plus rien et l'illustration du progrès est incarnée par un magnat indien, devenu l'héritier direct du rêve européen. Une « mittalisation du luxe » se produira-t-elle demain ?
Pensons donc que Marionnaud est chinois et que Lalique a failli devenir indien très récemment. Cette anticipation peut paraître hasardeuse à ceux qui ne voient dans les marchés émergents que des marchés émergents. Et si c'était des investisseurs créatifs ? On ne les voit souvent que comme des copieurs avides de détourner l'essence des marques par une contrefaçon massive, mais il ne faut pas oublier que l'Inde et la Chine sont les réservoirs des plus anciens savoir-faire du luxe. Que ce soit la bijouterie, la soierie, la porcelaine, etc… qui y sont nées et s'y sont exprimées bien avant qu'en Europe. La France, « fille aînée du luxe », a une fâcheuse tendance à oublier que mères et pères ont vécu. Le théâtre du luxe n'est pas immuable : les villes du luxe ne seront peut-être plus demain Paris, Milan et Londres etc… Il est bien temps de cesser de nombriliser nos tendances ! Comme dans bien d'autres domaines d'ailleurs, politiques, culturels, technologiques, sinon le monde avancera sans nous. Et nous risquons vite fait de nous retrouver vieille fille du luxe, ridée avant l'heure.
Certes, d'un point de vue économique, la plupart des groupes l'ont compris et installent un fief au bout du monde, auquel s'ajoute parfois une usine de fabrication, à l'image de celle de Vuitton qui ouvrira ses portes fin 2008 à Pondichéry.
Mais qu'en est-il de la création ? Les étiquettes des chaussures provenant de l'usine indienne seront encore étiquetées « made in Italy ».
Les virtuoses chinois se multiplient, les médailles olympiques aussi, quand à l'Inde elle est loin devant nous dans certaines technologies de pointes… rien ne dit que la création serait quand à elle en sommeil. Et c'est bien la création qui fait le luxe et son renouvellement indispensable. La révolution planétaire du luxe pourra être aussi bien économique que créative. Aura-t-on dans trente ans des usines chinoises en Turquie, qui maintiendront « made in China » sur leurs étiquettes pour plus de prestige ?
Jacques Carles et Julie El Ghouzzi
le billet - 14 février 2008
L'heure du luxe
Pourquoi la montre de luxe connaît-elle une envolée sans pareil ? De fait, les ventes des grands groupes en matière de montres connaissent des croissances exceptionnelles à deux chiffres.
Soyons rationnel. On peut lire l'heure partout aujourd'hui : sur l'ordinateur, sur mon i-pod, sur mon téléphone, dans le métro, sur le GPS du taxi, sur mon chrono/pédomètre/calorimètre, sur la télé, sur le décodeur… L'heure n'aura sans doute jamais été aussi présente dans notre vie que ces dix dernières années. A quoi bon se doter d'une montre au poignet ?
Question naïve ? Peut-être. Mais à y regarder de plus prêt, le phénomène mérite d'être noté pour une industrie qui, il y a vingt-cinq ans, était en berne. De sorte, qu'aujourd'hui, les entreprises horlogères rencontrent des difficultés de production pour faire face à la demande : un manque de personnel et d'équipements, du aux années de vaches maigres provoquent des retards en cascade.
Révisons nos classiques pour saisir les raisons de cet engouement :
Premier argument : marqueur social, la montre joue, on le sait le même rôle que la voiture en particulier pour les urbains en manque de parking. Elle dit en un clin d'œil l'identité de celui qui la porte, son goût, son portefeuille. Ce n'est pas Sarkozy qui démentira.
Deuxième argument : objet mécanique, accessoire « utile », la montre déculpabilise ces messieurs dans l'achat d'un bijou, certes esthétique, mais bien viril. La fascination pour l'hypertechnologie jouxte ici le plaisir pris au fait main.
Troisième argument : les marques ont su profiter au mieux de l'appétit de collectionneur des acheteurs en leur proposant des séries limitées, provoquant les pulsions progressives du désir…
Plus encore, cela renforce le sentiment du client qu'il n'est pas en train de faire une dépense, mais un vrai placement. Plus le garde-temps est unique, plus il est susceptible d'être l'objet d'une spéculation.
Pour autant, rien ne dit que cette bulle horlogère va durer. L'engouement pour les montres européennes est en grande partie porté par les marchés asiatiques et russes. Au contraire, le marché européen s'essouffle.
La vitalité exceptionnelle du secteur devra donc une nouvelle fois s'adapter. Parions que sa bonne santé actuelle devra être dopée aux hormones de la technologie mobile. Ma montre à l'oreille, mon téléphone au bras ? Et pourquoi pas…
Julie El Ghouzzi, directeur du Centre du luxe et de la création
le billet - 7 février 2008
Le luxe défie les lois de l'apesanteur économique
Le luxe ne connaît pas la crise ?
Comment se fait-il qu'en pleine période de morosité des marchés financiers internationaux, alors que la crise des subprimes gronde, les activités de luxe continuent de montrer une vitalité inégalée ?
Le luxe ne serait-il pas soumis aux mêmes lois que les autres secteurs d'activités ? Car il faut bien le reconnaître, le luxe n'est pas le morcellement de la joaillerie, de la mode haut de gamme, de l'automobile de prestige, etc… mais bien un secteur à part entière, avec ses propres codes et filières, qui défie les lois de l'apesanteur économique.
Certes, Richemont a souffert dernièrement d'un ralentissement de la demande aux Etats-Unis et au Japon, mais LVMH poursuit sa croissance avec des taux qui vont jusqu'à 22 % pour la division montres et joaillerie. En effet, une demande soutenue en bijoux et montres des consommateurs d'Asie et du Moyen-Orient tirent le marché vers le haut.
Les nouveaux marchés en Chine, en Russie et au Moyen-Orient, sont de véritables locomotives et l'émergence de l'Inde viendra bientôt ajouter un wagon. La bonne santé du marché du luxe est donc bien plus liée à la démographie mondiale en explosion et à l'enrichissement global du monde qu'aux marchés financiers. Logique, quand on réfléchit au fait que la mondialisation n'a que très peu été accompagnée d'un développement de marchés bancaires et financiers régionaux.
Le luxe a donc de belles années devant lui. Rien qu'en France, les 82 % que le luxe réalise à l'export épongent 50 % du déficit de la balance commerciale. De quoi repenser sérieusement la place du luxe dans l'économie. Colin Clark avait eu l'idée de définir les secteurs primaire, secondaire et tertiaire, ne faudrait-il pas passer au secteur quaternaire ? Certains en parlent déjà et y regroupent les industries de hautes technologies et parfois les services très sophistiqués (recherche et éducation de pointe, conseil stratégique, ingénierie financière, médecine de pointe, etc.). Y Ajouter le luxe serait certainement judicieux : il n'est ni tout à fait un produit industriel ou manufacturé comme les autres, ni un service au sens classique du terme. Il se situe à la limite du matériel et de l'immatériel. Et ce la permettrait de mieux prendre en compte sa spécificité, de mieux en suivre l'évolution et surtout de cesser de croire qu'il vit en lévitation économique bienheureuse.
Julie El Ghouzzi, directeur du Centre du luxe et de la création
le billet - 31 janvier 2008
Marseille, futur pôle de luxe et de création
Le luxe est intimement lié à la civilisation : les inventions « luxueuses » ont toujours marqué les grands tournants des différentes époques. C'est évidemment un lieu commun que de dire que la Méditerranée est le creuset des civilisations, le pont entre l'Orient et l'Occident, ou, comme le disait le saint-simonien Michel Chevallier, le « lit nuptial de l'Orient et de l'Occident ». Et Marseille, la cité « phocéenne » en est le pur exemple puisqu'elle porte en son nom cette double nature, puisqu'elle est ce comptoir que Phocée, le célèbre port d'Asie Mineure fonda en Occident.
Région riche de ressources culturelles aux origines immémoriales, de potentialités humaines dont la majeure partie reste à explorer, matrice de civilisations exceptionnelles, lieu d'émergence des trois grandes religions monothéistes….
Plus que jamais, la Méditerranée est le pôle d'attraction de nombreuses populations Plus encore faut-il constater que les migrations de l'Europe du Nord vers l'Europe du Sud ne cessent d'augmenter et qu'on vient chercher en Méditerranée, le climat, la qualité de vie, et l'art de vivre.
Source d'inspiration des artistes et des poètes, la Méditerranée sera toujours dans l'esprit des créateurs l'origine, le creuset de notre imaginaire et de notre histoire. Pourtant, la création s'est répandue à travers le monde et on ne peut plus dire qu'il y ait un pôle de création plutôt qu'un autre. New-York, Tokyo, Dubaï, Milan, Amsterdam ou Marseille…la création est partout.
Pôle de création et plus encore pôle d'échange (de matières, d'objets, de langues, d'hommes) la Méditerranée le fut de toute évidence. La question qui se pose aujourd'hui est la suivante : la Méditerranée est une petite mer intérieure dans un monde ouvert où la croissance économique se fait plutôt en dehors de la Méditerranée qu'en elle.
Cette attraction des sources de la civilisation européenne fait qu'elle est toujours un pôle de la création. Le redémarrage de l'Espagne, l'émergence des pays du Maghreb et de la Turquie, l'essor des pays de l'Est, fait à nouveau de la Méditerranée un pôle stratégique incontestable.
La civilisation née sur les bords de la Méditerranée demeure la civilisation qui a abouti aux relations internationales telles qu'on les connaît, ONU, … Le monde de raison est apparu en Méditerranée, et de Platon à Averroès, d'Averroès à Galilée, il a permis une mondialisation de l'humanisme, de l'idée des droits de l'homme, du principe de liberté-égalité-fraternité. Le monde est beaucoup plus ouvert grâce à ces principes qui sont nés sur les rives de la Méditerranée, centre du monde pacifié. Pourtant aujourd'hui la mer est devenue frontière … Le président du Parlement européen, Josep Borrell, disait en ce sens que « la Méditerranée est la frontière la plus inégale au monde. »
En pleine évolution, les pays de la Méditerranée essaient donc de trouver un équilibre.
A l'heure où nous avons du mal à trouver des accords politiques, gageons que la construction d'une Méditerranée culturelle et économique permettra le développement d'une Méditerranée pôle de création, autant que pôle stratégique.
Faisons donc le mouvement inverse que faisait Platon : il chassait les poètes de la Cité, parce que ceux-ci sortaient du domaine de la raison et de la vérité, nécessaire selon lui à la construction politique de la Cité. Réinvitons les poètes et les créateurs au sein de la Cité.
C'est pourquoi nous nous proposons de développer un pôle d'impulsion du luxe et de la création à Marseille, en apportant l'expérience, le réseau et la notoriété du Centre du luxe et de la création, institution phare des métiers du luxe et de la création. Ce pôle rayonnera de la rue de la République au Quai de la Joliette et irradiera sur l'ensemble de la ville.
La création en associant tradition et renouvellement ouvrira un processus qui aboutira à la constitution d'un nouveau patrimoine. « Les empreintes du futur », ces tendances qui imprègnent et déterminent l'avenir de la création se lisent aujourd'hui.
Jacques Carles et Julie El Ghouzzi
le billet - 24 janvier 2008
Le luxe est-il populaire ?
Certes, tout le monde ne peut pas s'offrir des produits de luxe, qui sont de ce fait réservés aux happy few, à une élite sociale fortunée. Pourtant, le luxe fascine chacun d'entre nous, riche ou moins riche : qui n'a pas son imaginaire de consommateur peuplé de logos attirants, de sacs et de montres d'égéries, ou encore de voitures de héros de cinéma ? Ajoutons à cela le fait que les boutiques ressemblent de plus en plus à des musées et que l'on n'y vient plus seulement pour acheter, mais pour une visite…
Le luxe ne serait-il pas devenu le nouveau lieu de la culture populaire ?
Et ce que l'on appelle aujourd'hui la démocratisation du luxe, qui est une forme d'offre d'appel des maisons de luxe permettant de diffuser leurs produits au plus grand nombre, ne serait-elle pas, tout simplement, la traduction et la réponse à la grande popularité du luxe ?
Juste retour des choses, car le luxe naît toujours des savoir-faire ancestraux qui sont l'expression d'une culture populaire ancrée dans les terroirs : la porcelaine de Limoges, le cristal de Baccarat, le champagne, le cuir florentin en sont quelques exemples…
Le luxe n'est pas l'antithèse de la pauvreté et ne doit pas être assimilé à une « insulte » vis-à-vis des plus démunis. Il y a là une vision misérabiliste et politiquement correcte qui néglige un facteur essentiel, c'est que les industries du luxe n'existent que grâce à deux conditions essentielles : l'existence de savoir faire d'exception et la capacité créatrice.
En cela la première fonction économique culturelle et sociale du luxe est de permettre à ceux qui créent, les artisans (brodeurs, sertisseurs, céramistes, tanneurs, etc… qui ne sont rien moins que populaires) en utilisant des techniques toujours plus raffinées la possibilité de produire : la beauté, le rêve. Le luxe naît de « gens comme les autres » qui ont su exceller dans leur travail, qui ont l'amour du produit et de la façon.
Jacques Marseille explique par exemple que les révolutions industrielles du 18ème, puis du 19ème siècle ont été principalement tirées par le développement des activités du luxe en raison d'une demande qui n'a cessé de grandir. Encore fallait-il que l'offre soit au rendez-vous et que les savoir faire, le génie créatif et l'esprit d'entreprise l'alimentent.
Nous sommes dans la même configuration aujourd'hui : la population mondiale a doublé en cinquante ans et elle doit atteindre 9 milliards en 2050. Les pays émergents se transforment en puissances économiques mondiales où, naturellement, l'offre et la demande de luxe prospèrent en se diversifiant. La croissance économique des secteurs du luxe, en moyenne à plus de deux chiffres, est intimement liée à la croissance démographique et à l'enrichissement du monde. Le luxe est, en effet, le reflet des tentations et le marqueur de l'ostentation sociale. Dès qu'une personne améliore son niveau de vie elle cherche à satisfaire des envies longtemps refoulées et à montrer sa réussite économique. C'est humain, éternel et sain.
Dès lors, le luxe ne peut exister que s'il est populaire et si ses créateurs vedettes sont connus de tous en incarnant les références artistiques, culturelles, esthétiques et sociales que leurs créations véhiculent (pour certaines maisons, le créateur sera mis en avant, pour d'autre une égérie et parfois une histoire).
De la sorte on rêve de s'offrir un Vuitton, un Gucci ou un Prada, comme on s'identifie à Brad Pitt ou Georges Clooney. Le luxe à l'instar du cinéma est le nouveau lieu de la culture populaire, une culture qui touche tout le monde non pas simplement une partie aisée et instruite de la population. Les mégastores sont devenus les nouveaux musées, lieux de visite autant que d'achat : les maisons de luxe ne s'y sont pas trompées. Qu'on se le dise luxe et culture sont faits pour rimer, en toute popularité.
Julie El Ghouzzi, directeur du Centre du luxe et de la création
le billet - 17 janvier 2008
Liturgie des Talents du luxe ...
Les Talents du luxe : incarnation de la transversalité de la création et de la diversité du jury.
C'est pourquoi chaque année, le choix des lauréats ménage des surprises, un peu comme une boîte de chocolats fins : on sait que ça va être bon, mais on ne sait pas quel goût ça aura !
Rencontre de « l'immanent et du révélé », c'est comme une liturgie des valeurs sacrées du luxe, un kaléidoscope des tendances et des métiers avec en 2008 un encens capiteux de design d'architecture et d'art des jardins…
Ils surprendront toujours car ils expriment la part imprévisible des Talents, celle qui reste quand l'histoire s'est accomplie et rarement celle qui est attendue sous l'emprise des coups de cœur du moment.
Jacques Carles, président du Centre du luxe et de la création



